Lualaba : le statut juridique du Gouvernement provincial en l’absence prolongée du Gouverneur Richard Muyej relevé au cours d’un atelier des OSC

Un atelier d’échange d’expériences entre les organisations de la société civile du Lualaba axé sur la gouvernance et la participation citoyenne a été organisé, par l’IBGDH (Initiative pour la Bonne Gouvernance et les Droits Humains), ce 24 Juin 2022 en la salle Immaculata à Kolwezi,chef-lieu de la province.
“ Le service public assure-t-il dans son fonctionnement la participation des populations en impliquant la société civile et d’autres acteurs a travers des structures consultatives ou des organes conseils” est la problématique de ces assises qui ont réuni les participants venus de différentes contrées du Lualaba.

A l’issue des travaux, les organisations de la société civile (OSC) ont fait la déclaration ci dessous :

“ Pendant 17 jours, soit du 07 au 24 juin 2022, la société civile du Lualaba a
initié une série des concertations avec quelques institutions politiques ainsi
qu’avec les forces vives de la province en rapport avec les besoins du développement durable.

Après ces concertations, il s’est aussi tenu un atelier d’échange d’expérience entre acteurs de la société civile du Lualaba sur la question de la Gouvernance et de la participation citoyenne au niveau provincial et local.

Au cours de cet atelier, les participants venus de LUBUDI, KAKANDA, FUNGURUME, MUTSHATSHA, DILOLO, SANDOA, KAPANGA, KASAJI ET KOLWEZI ont évoqué plusieurs problèmes et défis qui mettent en mal le vivre ensemble et le développement de la province cela étant caractérisé par un déficit de gouvernance au niveau local et Provincial.

Parmi, ces problèmes nous citons :

  • la question du statut juridique du Gouvernement provincial en absence prolongée soit 18 mois d’absence du Gouverneur de Province ;
  • le manque du contrôle et du suivi de la gestion de l’Etat au niveau local, ETD, Territoire, Chefferie et Groupement ;
  • la faible participation de la société civile au processus de décision et dans la mise en œuvre des projets de développement ;
  • l’ineffectivité du Pouvoir Judiciaire dans les territoires soit pour insuffisance des Magistrats soit que les juridictions restent installées en dehors des chefs-lieux des territoires ;
  • l’absence des politiques de développement dans plusieurs secteurs de la vie sociale tels que le secteur agricole, le secteur du tourisme, le secteur d’accès à l’énergie et à l’eau potable pour les populations, le secteur des infrastructures surtout pour ce qui concerne les routes de déserte agricole ;
  • l’absence des mécanismes de redevabilité et de transparence au niveau provincial comme au niveau des Entités locales ;
  • faible accompagnement du secteur de l’Enseignement et de la gratuité de l’enseignement par la Province ;
  • faible appuis et suivi dans le secteur de santé surtout pour les territoires ;
  • le manque de soutien aux associations socio-culturelles ;
  • la spoliation des biens de l’Etat, des espaces publics et les détournements des déniés publics par les Dirigeants en toute indifférence de l’Assemblée provinciale ;
  • la politisation, la militarisation et l’utilisation abusive du qualificatif “ famille présidentielle ” dans le secteur de l’artisanat minier.

En plus, les participants ont aussi mis en exergue l’absence d’un appui concret
aux programmes d’autonomisation de la femme et des personnes vivants avec
handicap ; l’absence d’un fond permanent d’accompagnement des initiatives locales, la discrimination ainsi que la forte politisation du secteur de l’entrepreneuriat et de la sous-traitance. Dans la plupart des cas, ce sont les dirigeants civils et militaires, les députés et leurs proches qui ont accès aux marchés publics.

Enfin, la société civile a analysé les résultats des concertations entamées avec les acteurs politiques et les forces vives : l’Honorable Président de l’Assemblée Provinciale, le Gouverneur de Province, Madame le Vice-Gouverneur, les Confessions religieuses, les coopératives minières, les associations socioculturelles, les structures des jeunes et des femmes, les associations syndicales, les personnes vivants avec Handicap et les chefs coutumiers.

Il se dégage de cette analyse ce qui suit :

  • Le faible Contrôle parlementaire et le manque d’attention de l’Assemblée provinciale aux défis du développement de la province et des territoires constituent un recul face au principe de la bonne gouvernance et de la libre administration des provinces ;
  • La gestion provisoire de la Province et le flou qui caractérise le statut du Gouvernement provincial ne favorisent pas le développement durable, la paix, la cohésion et le vivre ensemble. cette situation paralyse l’action de
    l’Etat et profite à quelques individus proches du régime de Kinshasa, tireurs des ficelles ainsi qu’à quelques députés provinciaux ;
  • Certaines activités de l’Assemblée Provinciale dénotent de la complaisance et du manque de l’indépendance vis-à-vis de la gouvernance au niveau provincial et local;
  • L’empêchement des manifestations publiques et l’intimidation des acteurs de la société civile et des journalistes par les services des Renseignements constituent une violation contre l’Etat de Droit ;
  • La population bénéficiaire des actions étatiques au niveau provincial et au niveau local n’est pas assez associée aux décisions que prennent les autorités Provinciales et Locales ;
  • La discrimination dans le secteur de l’entrepreneuriat, de la sous-traitance et du secteur minier artisanal ne favorise pas l’émergence d’une classe
    moyenne ;
  • La forte présence des acteurs politiques et des militaires dans le secteur de l’artisanat minier et l’implantation des comptoirs d’achat des minerais à proximité des entreprises légalement établies dans des zones où il n’existe pas de site d’exploitation artisanale contribuent à la fraude et aux pillages des minerais au mépris de tout effort de formalisation du secteur ;
  • Le Projet Hydroélectrique de Busanga est une opportunité face au déficit énergétique. Un quota d’au moins 30 MW doit être accordé à la province pour les besoins des populations ;
  • L’insuffisance des magistrats dans le territoire de Kapanga, Sandoa, Dilolo, Lubudi, Musthatsha et dans la ville de Kasaji est un recul face au droit d’accès à la justice. Et il faut que le Tribunal de Paix de Lubudi et de Mutshatsha s’installent dans le chef-lieu de territoire, siège des
    institutions ;
  • Le manque des programmes précis pour l’accompagnement et l’intégration sociale des personnes vivants avec handicaps, devrait être corrigé. car il n’y a pas d’écoles pour les personnes non-voyants, les sourds-muets et autres ;
  • Les associations socio-culturelles demandent au Gouvernement Provincial de leur construire un centre interculturel par ville pour promouvoir l’échange des cultures et le vivre ensemble ;
  • Le Gouvernement Provincial devrait construire les auditoires du centre universitaire de KASAJI, équiper l’ISP MUSUMBA et inaugurer les bâtiments
    de la Mairie de KASAJI ;
    Ainsi la société civile demande :
  • La fin de la gestion provisoire de la Province et le retour à l’ordre
    constitutionnel par rapport au statut du Gouvernement provincial du Lualaba ;
  • La cessation de la tutelle et des missions permanentes de l’Inspection Générale des Finances auprès de différentes institutions;
  • La réhabilitation de la RN 1 Nguba-Lubudi, la RN 39 de Kolwezi-Kasaji-Dilolo-Sandoa-Kapanga et des routes de déssertes agricoles ;
  • La mise en place d’un cadre multi-acteurs devant permettre l’évaluation de l’action Gouvernementale dans la mise en œuvre du Plan Quinquennal de
    développement et du Projet de développement de 145 Territoires dans la province du Lualaba ;
  • La mobilisation de toutes les forces vives et surtout des Elus nationaux et Provinciaux en vue d’un plaidoyer qui exige un quota d’au moins 30 MW du courant qui sera produit dans le cadre du Projet Busanga ;
  • La dépolitisation du secteur minier artisanal, de l’entrepreneuriat et de la
    sous-traitance ;
  • Que l’Etat Congolais facilite le plus vite que possible l’opérationnalité de l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC), qui a été créée par le Gouvernement de la République comme solution aux problèmes du secteur minier
    artisanal;

En outre, la société civile réaffirme son engagement à travailler pour la Bonne
Gouvernance et la participation citoyenne en vue du développement de la province !

Fait à Kolwezi, le 24 juin 2022 ”

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.